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à propos de Kelvoa

KELVOA

Questions autour de l’accompagnement

KELVOA a été créé par un collectif de professionnels européens cherchant à initier et structurer un espace de parole et d’échange destiné aux intervenants de l’accompagnement (dans des champs très élargis : orientation, travail social, santé, éducation et formation, culture….).

Plusieurs réflexions et constats sont à l’origine de cette initiative.

Tout d’abord, pour les professionnels de l’accompagnement, quel qu’en soit le cadre d’intervention et la structure d’origine, l’heure est aux doutes et aux interrogations. L’accompagnement se développe dans de multiples champs de la société. Et partout dans le monde. Et on ne parvient pas toujours à distinguer ce qui relève de la solidarité citoyenne de ce qui renvoie à un métier, c’est-à-dire à un ensemble de gestes professionnels fondés sur des principes et des règles de l’art partagées. Non que cette distinction soit facile car ces champs sont nécessairement reliés et les frontières perméables. Mais la question du professionnalisme de cet accompagnement doit pouvoir être posée et débattue de manière ouverte.

Par ailleurs, la crise actuelle, multiforme et les profondes mutations en cours interrogent la place, le sens, l’efficacité voire l’efficience de nombreux dispositifs d’appui aux personnes, notamment ceux relevant d’un financement public. S’il apparaît légitime à tous de chercher à évaluer la qualité et la performance de l’accompagnement, encore faut-il s’accorder à la fois sur sa définition et ses finalités mais également sur les indicateurs qui permettent d’en rendre compte. Sur ce point, la parole des professionnels est faiblement audible, entre soumission contrainte et protestations de principes, sans que le débat puisse réellement s’installer et faire progresser la réflexion collective sur ce sujet.

Il faut dire que les multiples appartenances institutionnelles rendent assez difficiles les travaux réellement collaboratifs et vraiment centrés sur les problématiques des personnes que nous avons la charge d’aider et d’accompagner. Or, les professionnels sont organisés plutôt autour de leur structure d’appartenance ou des prestations qu’ils conduisent et très peu au regard du métier qu’ils exercent. Et ils sont faiblement représentés dans les lieux politiques de décision.

Pourtant, toutes les expériences menées dans différents projets européens montrent la richesse des collaborations et des contributions si elles peuvent être partagées, reconnues, modélisées.
Par ailleurs, si l’accompagnement est mobilisé dans de nombreux espaces de la société, la multiplicité des champs d’intervention (social, culture, services et soins aux personnes, formation…) laisse supposer des approches convergentes tant en terme de finalités que de posture. Mais sans que ces convergences soient réellement travaillées ou formalisées par les acteurs eux-mêmes.

Une situation paradoxale

C’est que la situation est pour le moins paradoxale : l’individualisme, la solitude, l’exclusion sociale, l’incertitude ambiante, la discontinuité observée des parcours, la crise économique en cours, la difficulté à entrer et évoluer dans le marché du travail, la vulnérabilité potentielle de chacun…autant d’éléments qui contribuent à augmenter la demande sociale de conseil et d’accompagnement. Et également à amplifier les attentes relatives à cet accompagnement. Des solutions sont attendues, exigées ce qui peut créer un décalage entre la position de soutien du professionnel soumis aux contingences du réel et la demande d’immédiateté du public parfois excédé par l’absence de perspectives.

Par ailleurs, la multiplicité des cadres d’intervention, des statuts, des origines mais également peut être des approches, des conceptions, des valeurs des professionnels créent une sorte de brouillard autour d’une fonction qui n’est pas encore totalement un métier et qui est de plus en plus dépendante des logiques de marchés publics et de rationalisation financière.
Dans ce contexte, qui peut parler du métier ? Qui peut valoriser une éthique et des valeurs alors même que certains professionnels (et leur structure d’appartenance) se battent pour leur survie et sont souvent en concurrence dans un certain nombre d’appels d’offres.

Des constats et des risques

Nous percevons aujourd’hui un risque d’éclatement de pratiques issues d’une lente construction historique, fondées sur une certaine conception de l’accompagnement qui aujourd’hui peuvent en être réduites à la simple mise en opération de décisions institutionnelles ou politiques fort éloignées de ce que suppose un travail d’accompagnement de qualité.

Les professionnels de l’accompagnement se trouvent confrontées à plusieurs paradoxes :

Une demande de réassurance et de garantie dans une société de plus en plus incertaine
Un environnement où le culte de la réussite individuelle peut prendre le pas sur les solidarités et accroître certaines vulnérabilités

Une injonction au citoyen sur la responsabilité de se construire lui-même et de faire les choix qui lui conviennent dans un système de prestations où il est soumis à de multiples pressions pour s’adapter au réel. Cela relève parfois plus de l’injonction paradoxale ou de la soumission librement consentie que de l’émancipation éclairée.
Une recherche de résultats à court terme alors que les processus d’évolution sont complexes, chaotiques, multiformes.
Le risque de renforcer le sentiment d’impuissance de chacun et d’assombrir un peu plus les perspectives.

En somme nous observons plusieurs phénomènes simultanés parfois paradoxaux :

Une référence systématique et consensuelle aux nécessités de l’accompagnement individualisé
Une atomisation des professionnels qui n’ont la parole que par leurs structures ou leur réseau
Une solitude des professionnels de terrain dans la prise en compte d’injonctions paradoxales parfois extrêmes et violentes

Une faible part du travail d’innovation et de modélisation pourtant indispensable à un moment de l’histoire où tous les paradigmes structurants sont remis en question
L’absence récurrente d’instances ou de regroupements de professionnels indépendants des structures d’appartenances, des logiques institutionnelles ou financières.

Une parole plus déprimée que proposante, une logique plus défensive que proactive.
Nous percevons le risque de la perte de confiance généralisée et un mouvement très net visant le recours à l’accompagnement à des fins de conformité sociale, malgré un discours convenu et consensuel sur la liberté du sujet et son droit à l’initiative et au choix.

KELVOA, une conception de l’accompagnement

Fédérer, structurer une réflexion collective autour de l’accompagnement suppose également que l’on puisse s’accorder sur sa définition et ses finalités. Même si les termes sont discutables et les conceptions ouvertes au débat, il parait essentiel de formaliser des points de convergences structurants. D’où la rédaction d’un manifeste « Pour une philosophie et une éthique de l’accompagnement ». Ce manifeste propose une définition et des conditions de mise en œuvre.

Si accompagner c’est apporter un appui permettant à une personne de faire quelque chose qu’elle ferait plus difficilement sans cet accompagnement, la nature de cet appui est essentielle à définir. Il ne s’agit pas de faire à sa place, de se positionner en expert, de se substituer à elle en raison d’une vulnérabilité passagère.
Il ne s’agit pas non plus de la renvoyer à son libre arbitre car elle peut être en difficulté dans sa décision au regard d’une difficulté de compréhension des ressources que l’on met à sa disposition. Ou pour toute raison propre à cette personne dans cette situation.

Il s’agit bien de permettre à la personne :

D’exercer la liberté de vivre une vie qui a de la valeur à ses propres yeux
De connaître les droits qui sont les siens mais de les rendre effectifs dans sa propre situation
D’exercer un pouvoir d’agir à sa mesure et dans sa situation
De préserver les équilibres auxquels elle tient (écologie personnelle)
De faire des essais, de s’ouvrir à des possibles, de prendre des risques acceptables et de juger elle-même des bénéfices obtenus ou déséquilibres créés
De découvrir plusieurs points de vue et de de changer de points de vue si nécessaire pour elle.

KELVOA, pourquoi faire ?

Nous revendiquons donc une certaine conception de l’accompagnement. Mais nous savons aussi qu’une position de désaccord ou de critique n’a la possibilité de faire avancer le débat que si elle s’organise, se structure s’étaye en s’appuyant sur des éléments objectifs et ne se contente pas de slogans opposants aussi fondés soient-ils.
La création de KELVOA, association réunissant des professionnels de l’accompagnement de multiples origines, vise à compenser un manque significatif en terme de prise de parole, d’échange et de propositions. Un certain nombre de projets communs nous ont amené à structurer cette réflexion au niveau européen notamment avec nos amis Italiens et Portugais, parties prenantes de cette initiative. Car les mutations et bouleversements en cours touchent indifféremment tous les espaces géographiques, les cultures et l’ensemble des générations. Le niveau européen, au regard des initiatives politiques déjà prises sur ce sujet, parait un échelon intéressant pour organiser notre contribution.

Car c’est bien autour de cette idée de partage et de coopération que s’est construit cette association et aujourd’hui toutes les conditions sont réunies pour engager nos échanges et nos réflexions, dans une logique de respect de chacun et de valorisation d’une éthique de nos métiers.

Le moment est donc opportun. L’instant est propice pour prendre et porter une parole, mutualiser les ressources de praticiens dans une perspective de construction partagée mais également d’esquisse d’un avenir mobilisateur. Car tout peut concourir à l’impuissance généralisée. Et cela tant du côté des accompagnateurs que des personnes accompagnées (qui peuvent être parfois les mêmes). Et cela est d’autant plus paradoxal que les travaux qui fondent la création de KELVOA ont tous un dénominateur commun : contribuer à la mobilisation du pouvoir agir des personnes et des collectifs. Il nous paraît évident aujourd’hui que c’est un moment propice, notre Kaïros. Cette initiative n’est pas la simple réponse pavlovienne à un climat morose mais bien les premiers pas d’un chemin à inventer qui puisse engendrer des traverses, des ponts, des tentatives, des risques autour des valeurs fédératrices et porter une parole de faiseurs du quotidien, d’artisans de la relation, de constructeurs d’avenirs modestes mais ingénieux.

C’est donc le bon moment pour porter une parole qui ne peut se résoudre au simplisme dominant mais qui ne peut non plus s’exonérer du devoir de communiquer de manière audible notre approche, nos valeurs, nos gestes d’artisans. En somme faire œuvre collective.

Accompagner des personnes dans la perspective d’une mobilisation de leur pouvoir agir, c’est interroger simultanément une posture, des croyances et postulats, des modèles théoriques, des pratiques. C’est aussi ouvrir à une ingénierie de dispositifs d’accompagnement prenant en compte les évolutions du monde, notamment en terme de moyens de communication et d’accès aux ressources, sans renoncer aux valeurs fondatrices de toute relation d’appui.
Le moment est donc opportun pour créer ce lieu d’invention et de fédération de ces idées et pratiques, un laboratoire d’innovation sociale, facilitant rencontres, accès aux ressources, débats…

D’où la création de l’association KELVOA née en février 2013

L’objet social est large :

« … a pour buts la réflexion, l’échange, la mutualisation, l’expérimentation, la formation et la diffusion des recherches et pratiques relatives au conseil et à l’accompagnement des personnes tout au long de la vie. »

Elle vise à faciliter le développement d’une philosophie et d’une éthique du conseil et de l’accompagnement centrés sur le développement du pouvoir agir individuel et collectif. Plus précisément, elle pourrait permettre de :
Impulser des initiatives, des recherches, des expérimentations sur ce champ tant au niveau national qu’international
Contribuer à identifier et capitaliser les ressources méthodologiques et théoriques pouvant enrichir cette pratique
Formaliser cette philosophie et cette éthique dans une charte ou tout autre moyen facilitant son développement
Créer une coopérative de professionnels dans une logique de mutualisation, d’activation et d’enrichissement des ressources
Ces quelques hypothèses ne sont pas des objectifs prédéterminés. Le chemin n’est pas tout tracé.

Nous engageons donc aujourd’hui ce processus de construction collectif.
Car « Agir, c’est commencer » (Hannah Arendt) et « Vivre, c’est ne pas se résigner » (Albert Camus).